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El Canillita Digital
Integración (en francés) |
| L’intégration: entre engagement personnel et défi collectif |
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Le canton de Genève a longtemps été synonyme de multiculturalisme, de mélanges des horizons, de vie commune entre différentes composantes de la société…mais aujourd’hui, la peur, la crise, la nausée d’une époque, savamment distillée par les marchands de haine et leurs thèses xénophobes, ont fracturé cette image idyllique. Genève a-t-elle mal à ses étrangers ? La politique de l’intégration à la genevoise est-elle un cuisant échec ?
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Por Pablo GarciaPourtant, Genève est riche de ses diversités, non seulement en termes culturels, en apprentissage de l’autre, et du respect des particularismes, mais surtout par la force de travail, les revenus, la participation des étrangers à sa vie économique et sociale. Les résidents étrangers représentent près de 40% de la population et plus de 50% des personnes actives du canton. Ils vivent et payent des impôts en Suisse, ils participent à la vie de leur quartier, de leur commune. Quoi qu’en disent des esprits chagrins, trop prompts à agiter le spectre de la menace des étrangers, quitte à confondre allégrement les résidents étrangers avec les requérants d’asile, ou encore à monter des parallèles plus que douteux entre les étrangers et la problématique de l’insécurité publique. Les étrangers en Suisse sont respectueux des lois, intègrent nos valeurs, les « moeurs » genevoises et ont leur opinion sur la marche de la vie publique, sur l’aménagement de leur environnement immédiat, sur les intérêts qui les touchent particulièrement…Comme tout un chacun, me direz-vous ? Dès lors, lorsque l’on parle de problématique d’intégration, j’estime qu’il faut entendre « enjeu de société ». Car le vrai débat est là : vers quelle société aspirons-nous en tant que communauté citoyenne ? C’est là que réside le défi collectif pour Genève. Il ne suffit pas d’apprendre les chants patriotiques et le nom des vingt-trois cantons de la Suisse pour être intégré. L’intégration, c’est se sentir valorisé pour ce que chacun apporte dans sa patrie d’élection, pour sa richesse, sa culture, son expérience, son passé, sa force de travail. C’est sentir que cette société donne la même chance à chacun de trouver sa place, un emploi, un avenir ; sans cet impératif, comment des résidents étrangers pourraient-ils suivre les règles d’une société qui les discrimine ? L’intégration est, avant tout, une question d’équité. Quand on s’acquitte des mêmes devoirs, on doit logiquement avoir les mêmes droits. Il semblerait que cette logique échappe quelque peu à une société qui vit dans le mythe du réduit national, des frontières blindées, et de la douce rêverie solitaire d’un sublime isolement. Genève, son peuple et ses institutions veulent relever ce défi. J’en veux pour preuve l’incroyable preuve de respect et de confiance qui a été votée le 24 avril 2005, les initiatives « j’y vis, j’y vote » en faveur des droits politiques pour les étrangers résidents à Genève. Je suis fier d’y avoir participé par mon engagement dans cette campagne car elle évoque ce à quoi je crois : une citoyenneté active. Etendre l’exercice des droits politiques aux étrangers, c’est encourager la participation de toutes et de tous à la vie de la cité. Les droits politiques comme outils d’intégration, comme instrument de justice sociale. Au-delà des considérations collectives, l’intégration n’est pas seulement une question de mécanique sociale ou politique mais surtout un rapport à soi, une façon d’appréhender son identité, son parcours personnel. Il s’agit d’une expérimentation individuelle qui ne peut être généralisée, ainsi le seul vécu que je connaisse à ce sujet est d’abord le mien. Paradoxalement, une des certitudes diffuses dans l’apprentissage de l’intégration à Genève est celle du fameux « retour » de ma famille au pays laissé derrière, et l’existence d’un lien invisible, imaginé, fantasmé avec mes racines et une culture aux aspects flous et pratiquement inconnus, mais un lien sans cesse tissé par son évocation constante dans les gestes banals du quotidien. J’ai appris à aimer un pays à peine vécu à travers la langue, la cuisine, les récits, les livres, les médias, et bien sûr l’amour de ses parents ; j’étais une sorte de citoyen chilien par procuration. Il faut croire que la nationalité, l’attachement, l’adhésion à un pays ne se lit pas uniquement sur un passeport. J’estime qu’une vie ne peut être réellement épanouissante ni « vécue » en regardant derrière soi. C’est par ma propre action dans le présent et sur mon environnement que je peux me définir. Et pour appréhender et modifier son environnement, il faut d’abord le comprendre pour mieux y participer. Ainsi, l’intégration passe par un engagement personnel, par une volonté, non pas d’assimilation, mais de compréhension, de participation, de respect pour une société, ses valeurs, ses règles, son rythme. Quand je me suis naturalisé ce n’était pas un geste de refus de mes racines, au contraire, cela signifiait mon adhésion et ma propre reconnaissance dans un autre système, dans une histoire, dans un style de vie différent de celui dans lequel je suis né. Différent mais non pas opposé. A chacun de trouver sa façon propre de participer et de composer son intégration. Mon engagement personnel s’est traduit par un engagement politique, associatif, militant au sein de la République de Genève, un engagement enrichit de la lutte de celles et ceux qui sont venus avant moi, ces exilé-e-s dont le parcours fait honneur non seulement à notre communauté chilienne mais qui rejoint aussi celui de milliers d’autres camarades sud-américains. Leurs parcours sont aussi mon héritage. Je sais d’où je viens et je sais où je vais. |
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