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Entrevista (en fr.)

Yaku, jeune SSL (sans statut legal)
Les 12 et 13 novembre 2005, le CTSSL (Collectif des Travailleuses et Travailleurs Sans Statut Légal) a organisé 24 heures de solidarités au Centre Paroissial Protestant de la Servette. Au programme, conférences, ateliers, activités culturelles et Jeûne symbolique pour revendiquer l’obtention d’un permis de travail à l’ensemble des salariées et salariés sans statut légal.

A cette occasion, nous avons interviewé Yaku, une jeune militante du CTSSL.

Par Cecilia Toledo (photographie: Verónica Segovia)

D’abord, peux-tu nous expliquer pourquoi tu milites au CTSSL ?

Yaku : Mon nom est Silvia mais je préfère mon prénom aymara, Yaku. Je suis née en Bolivie, je vis et travaille à Genève depuis 9 ans. Je participe activement au CTSSL surtout depuis deux ans, après avoir eu un problème avec la police suite à un contrôle d’identité. J’ai demandé de l’aide au CTSSL et aux institutions locales comme les syndicats. Malheureusement, je n’ai pas trouvé l’appui que j’escomptais. On m’a proposé d’effectuer une demande de régularisation au niveau personnel mais je n’ai pas voulu entrer en matière car pour moi, la demande doit être collective comme le revendique le CTSSL. Je me suis aperçue que j’étais mal informée sur mes droits et qu’on se retrouve facilement démuni face au système policier et judiciaire. Les gens ont peur, ils n’osent pas parler. Nous devons briser le silence pour rompre l’isolement.

Quels sont les buts du CTSSL ?

Yaku: Le CTSSL fut créé en 2001, nous menons diverses campagnes pour dénoncer la situation précaire des travailleuses et travailleurs sans statut légal et demander aux autorités politiques et législatives la régularisation collective des dits « sans papiers » afin qu’elles nous octroient un permis de séjour et de travail. Au CTSSL, nous avons également un groupe réservé exclusivement aux femmes, car elles représentent une forte majorité des personnes déclarées illégales. Elles travaillent généralement dans le secteur de l’économie domestique, secteur que nous proposons de régulariser et de réglementer. Nous réclamons aussi une reconnaissance de la formation professionnelle acquise dans nos pays d’origine.

Quelle a été ta réaction à propos du nouveau projet de loi sur les étrangers débattu au conseil national le 25 septembre passé ?

Yaku : Justement, un des buts de ces 24 heures d’action de solidarité est d’informer non seulement les migrantes et migrants des graves conséquences de cette loi mais également de prévenir la population suisse du danger qu’elle fait courir à tous les citoyens, même ceux qui ont un permis C ou un passeport Suisse. Par exemple, cela peut porter préjudice à une institution comme le mariage (1). L’application de la loi sur l’asile est aléatoire, la loi sur les étrangers est injuste. Le durcissement de cette dernière nous enlève toute espérance de régularisation, d’améliorer notre quotidien professionnel et personnel.

C’est pourquoi le CTSSL relance le débat grâce entre autres à des ateliers comme celui proposé ce week-end par Mme Rita SCHIAVI, Présidente du groupe migrant d’UNIA. Elle diffuse au public une réflexion des moyens stratégiques à adopter dans l’avenir.

Le CTSSL sollicite l’aide de tous les acteurs des droits humains, syndicaux, sociaux et politiques afin qu’ils s’engagent à collaborer au comité référendaire asile-immigration. Ils doivent nous aider à résister à cette politique xénophobe menée par le département de Blocher. Nous criminaliser, nous discriminer n’est qu’une réponse fallacieuse et simpliste aux flux migratoires arrivant en Europe pour fuir la pauvreté. Il n’y a pas une réelle volonté politique de prendre en compte la main d’œuvre extraeuropéenne. Nous sommes tout simplement ignorés.

Que réponds-tu aux personnes qui ne comprennent pas pourquoi vous immigrez en Europe, pourquoi vous ne retournez pas dans vos pays ?

Yaku : Je leur pose à mon tour cette question : «  resteraient-ils dans un pays où le chômage est si élevé qu’ils ne pourraient pas subvenir à leurs besoins vitaux et ceux de leur famille, accepteraient-ils de n’avoir aucune perspective d’avenir ? Certains Suisses ne se sentent pas responsables de la politique menée par leur pays au niveau national ou international. Ils me disent que la Suisse n’est pas un pays colonisateur comme ses voisins. La Suisse n’a pas participé à la domination et l’exploitation des pays du Tiers Monde comme si son système capitaliste était neutre, qu’il n’avait pas de conséquence sur les populations d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie.

En Amérique du Sud, les entreprises qui réalisent les plus gros bénéfices sont en majorité européennes et suisses. Ces multinationales ruinent l’environnement, spolient nos ressources naturelles et appauvrissent davantage nos peuples. Pour moi, le système capitaliste a des affirmations contradictoires. La Suisse se déclare neutre, elle ne fait pas la guerre, mais elle vend des armes aux pays en guerre. Elle s’enrichit grâce aux exportations d’armes donc elle a une part de responsabilité sur le déplacement des populations fuyant les tueries et la destruction des bombes. Le système capitaliste est le modèle imposé dans les pays en voie de développement, pas étonnant après tout, que les gens de ces pays rêvent d’obtenir, en s’exilant, les mêmes privilèges que nos amis européens.

De plus, l’Europe veut préserver ses subventions agricoles empêchant du même coup les paysans du Sud de vendre équitablement leurs productions. Les pays riches devraient plutôt réfléchir à une autre alternative de politique économique, annuler la dette des pays pauvres ou investir cet argent dans des programmes d’aide au développement. Il faudrait partager les richesses équitablement, car, s’il est vrai que les pays du Premier Monde possèdent les industries pour transformer les matières premières en produits de consommation, le Sud concentre sur son territoire plus de la moitié de ces précieuses ressources.

Comment se sont déroulées ces 24 heures de solidarité ?

Yaku : Beaucoup de gens sont venus nous soutenir, parler avec nous, les ateliers sont un succès. Mon seul regret est le manque d’intérêt des médias pour notre week-end de solidarité. Pour terminer, je voudrais ajouter que les diverses composantes de la société doivent être attentives au climat de xénophobie qui règne actuellement en Europe, le racisme n’affecte pas seulement les personnes étrangères mais également les Suisses. En effet, sous l’influence d’une propagande hostile aux étrangers, les citoyens votent pour des programmes politiques préconisant des mauvaises solutions aux problèmes de l’immigration, de l’emploi, des assurances sociales ou de la précarité. Qu’ils l’acceptent ou non, nous sommes tous des êtres humains à la recherche d’un mieux être social et économique. Nous devons abattre les murs et non en construire.

CTSSL C/O CCSI
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Téléphone : 078/756.57.87 ou 022/301.63.33
Fax : 022/304.48.68
Site web: www.ctssl-geneve.org
CCP: 17-179762-6

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(1) Si l’officier de l’Etat civil a des indices qui l’amènent à conclure qu’il se trouve face à un mariage de complaisance, il a dorénavant la compétence de refuser de célébrer le mariage.

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